« Ils s’étaient créé un enfer, mutuellement, même s’ils s’aimaient. C’était vrai qu’ils s’aimaient, et c’était la preuve que la faute ne venait pas d’eux-mêmes, de leur comportement ou de leur sentiment labile, mais bien de leur incompatibilité parce qu’il était fort et qu’elle était faible.
Mais c’est justement le faible qui devait savoir être fort et partir quand le fort était trop faible pour pouvoir blesser le faible. »
Dans son ouvrage « L’insoutenable légèreté de l’être », Kundera nous propose un questionnement philosophique, celui de l’éternel recommencement (cf. Les stoïciens) : Ne vivons nous notre vie qu’une seule fois ou au contraire une infinité ? Il énonce une deuxième interrogation qu’il faut distinguer de la première : Sommes-nous déterminer ou sommes-nous libres et tributaire du hasard ?
L’extrait ci-dessus illustre parfaitement la seconde problématique. En effet, il nous est dit que l’amour nécessite forcement un rapport de force, mais que celui-ci mène inéluctablement à la douleur pour les amants. Lorsque le rapport de force disparait, le couple doit nécessairement se scinder : l’amour peut persister mais la rupture est nécessaire.
L’amour est donc marqué du sceau de la fatalité, mais cela n’exclu pas pour autant la liberté personnelle et ainsi une échappatoire au tout-déterminé : Le faible peut décider de partir quand le fort n’est plus assez fort, tout comme il peut choisir de continuer son calvaire.
Je me permettrais donc de réécrire l’incipit de ce passage :
« Ils s’étaient créé un enfer, mutuellement, justement parce qu’ils s’aimaient. »
(L’Insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera, Folio, 2007, p.117)
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