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Mercredi 22 septembre 2010 3 22 /09 /Sep /2010 16:33

Souffre à ton tour quelques remarques sur ton propos, ainsi que quelques précisions générales :

Tu ouvres ton texte avec une idée qui est pour moi d’une fausseté sans égale : « Il y a autant de subjectivités que de définitions de l'art... « ! Ah, relativisme, quand tu nous tiens ! Prend garde De la Vega, tu boudais le relativisme, et te voilà qui applaudit son fils le plus extrême, l’avant-garde de la doctrine, le subjectivisme. Je crois connaître tes positions sur de nombreuses questions, et j’en conclue donc que ta vision subjectiviste sur la nature de l’art fait tache dans le tableau. Acceptes-tu cette incohérence ?

D’autres objets du monde sont très difficiles à décrire, comme par exemple l’amour ou la haine. Là encore, je ne doute pas que chacun ait sa petite définition bien personnelle, mais je ne les considère pas toutes avec un égal intérêt pour autant. Certaines sont bonnes, d’autres mauvaises, une seule est correcte. C’est là, je l’admets, un préjugé, mais cette concession m’est nécessaire si je souhaite avancer un peu plus dans la compréhension du monde. Dans la même veine, je ne suis pas sûr d’être en mesure d’établir une définition exacte de l’art, mais je ne doute nullement qu’il y en ait une.

 

INRI.jpg

 maurizio cattelan

J’ai utilisé le mot « art » uniquement dans le sens d’art pictural, tout ce qui sort de ce cadre n’est pas pertinent, pour cette question du moins. Notons également que l’emploi courant de ce terme réfère exclusivement au domaine précité (« amateur d’art », « galerie d’art », « Oui, j’aime beaucoup l’aaaaaaart ! », etc.). Je me permets tout de même une remarque : le mot art s’applique dans notre époque à tout et à n’importe quoi. Il y a l’art de recevoir, l’art de plaire, l’art de la table, l’art de se maquiller, ou encore l’art de se lancer ou même l’art de se laisser séduire (résultat Google). Ben moi, tout ça, ça me fait penser à Annie Lebrun, à tous ces mots qui ne renvoient plus à rien, à la turgescence du verbe et à la débandade de la réalité sensible.

Alors puisque ce mot n’a plus de sens, puisque chacun en à une définition, j’aurais dû sans doute ne pas questionner le mot « art » de « art contemporain » et, comme me l’a suggéré Dahu, j’aurais dû plutôt discuter de la valeur de telle ou telle production artistique. Je demeure pourtant convaincu de cette cassure dans l’histoire de l’art, cette rupture drastique qui n’a eu, à ma connaissance, aucun équivalent.

Quant à ta dernière question, je ne peux y apporter de réponse. C’est une phrase littéraire qui a sa place dans un roman, un poème, un propos, pas dans une discussion de fond… ou alors je te laisse l’étoffer ! Comme toujours, je me méfie des phrases courtes.

 

 

Par Antholan - Publié dans : Art - Communauté : Café du commerce
Donne ton avis putain! - Voir les 3 commentaires
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Commentaires

Nous te laissons cet honneur, c'est un putain de bon avis que tu nous a servi.
Commentaire n°1 posté par Antholan le 26/09/2010 à 00h10
J'aurais aimé avoir le mot de la fin... Et voilà. :)
Commentaire n°2 posté par Dahu le 25/09/2010 à 11h50
Je donne mon avis, putain :D : Quand tu dis « Je ne suis pas sûr d’être en mesure d’établir une définition exacte de l’art, mais je ne doute nullement qu’il y en ait une » et « d’autres objets du monde sont très difficiles à décrire, comme par exemple l’amour ou l’haine » je trouve que tu mets vraiment le doigt sur le problème. Ca me fait penser à la notion de séparation entre le sacré et le profane. Qu’est-ce qui fait que tels ou tels endroits, tels ou tels objets, soient sacrés et d’autres pas ? Qu’est-ce qui marque la limite ? On peut la décrire jusqu’à un certain point, par exemple en disant que le seuil d’une église marque une séparation entre la vie courante et la vie spirituelle mais cette description n’est jamais suffisante, elle ne parvient pas à expliquer ce qui fondamentalement diffère entre les deux mondes. Un croyant, quand il prie, que ce soit n’importe où, dans n’importe quelles conditions, entre symboliquement dans un ailleurs. Il sent clairement la différence qu’il peut y avoir entre égrener un chapeler et couper une salade, il dira que ce n’est pas la même chose, comme une évidence. Nul besoin d’explications, ou de conceptualisation, son sentiment est en deçà (ou au-delà) de la rationalisation.
Pour en revenir à l’art, je pense qu’en effet il en existe une définition exacte, comme il existe une définition exacte du sentiment religieux, ou des sentiments en général, comme l’amour ou la haine… Mais paradoxalement, cette définition est fondamentalement subjective. Pas parce qu’elle dépend du sujet, mais parce qu’elle lui appartient. Si je désigne un objet comme étant de l’art, si je le place dans le cercle art (je tiens à mon histoire de cercles :D), c’est parce que cette objet m’inspire un sentiment de « sacré ». Et ce sentiment, précisément, constitue la définition. Par conséquent, peu importe que x ou y aient un avis différent sur le statut d’une œuvre w ou z. Ce qui compte, c’est que cette œuvre puisse être placée, à un moment ou à un autre, par untel ou untel, dans un autre espace que l’espace courant, ou commun. Si cette possibilité existe, alors l’objet possède sans nul doute certaines propriétés qui la permettent, sans pour autant que ces propriétés soient intelligibles, rationnelles, conceptualisables, etc. Elles sont simplement intuitives et voilà pourquoi, à mon avis, on devrait renoncer à philosopher sur le statut de l’art. Il n’y a pas une théorie qui élève le débat parce que le sujet à quelque chose d’éminemment spirituel. Et ce qu’il y a de fou (et de beau) là-dedans c’est que la magie qui fonde toute production artistique peut être ressentie par le mécréant le plus convaincu. En résumé et pour conclure, l’art est peut-être un des derniers vestiges de merveilleux dans notre monde si tristement matérialiste et rationnel… (et peut-être que ce sont justement ce matérialisme et cette rationalité qui sont causes de la rupture dont tu parles)
Commentaire n°3 posté par Dahu le 22/09/2010 à 22h45

Le relativisme peut s'avérer être une impasse de nombreux domaines, voire dangereux en ce qui concerne les principes fondamentaux d'une morale (qui selon moi devraient être universels.) Cependant, dans le domaine de l'art, de la contemplation, exercer un certain relativisme n'aboutit pas aux mêmes conséquences que si nous l'appliquions a des fondements moraux qui eux, ont le pouvoir de disloquer le tissu social et pousser ses individus dans un chaos ou toutes les croyances et valeurs font office de règle. Non ! L'art reste avant tout une question secondaire dans la représentation de l'homme (ce qui est dommage par ailleurs.) L'art ne salit pas des mains, ne tue pas des gens, ne conquiert pas des territoires, n'exploite pas des esclaves, n'abatardit pas une population. Sur ces questions, aucun relativisme est toléré ! Question secondaire oui mais cruciale et bien plus intéressante qui plus est car ici, le relativisme ne crée pas le désordre mais ouvre des angles de vue sur la définition de l'art.

Attention, je ne suis pas en train d'interdire ici toute tentative de définition, au contraire mais tout en sachant que l'art est avant tout une question de gout, tenter de dépasser cette volonté de toujours vouloir systémiser, rationnaliser. C'est aussi ce qui fait de l'art notre plus belle réussite humaine, la créateur crée mais est dépassé par ce concept même de création à priori sans mobile. Oui, l'art a sa mystique propre que chacun porte en soi de manière personnelle. Voilà pourquoi je me permets de ne pas conclure, de ne pas cimenter de manère absolue la réponse à cette question. Ce qui ne m'empêche nullement d'amener quelques réflexion au débat. ( ce qui est drôle par ailleurs soit dit en passant car je me rends compte à présent que dans ce domaine, je cherche une réponse sans même vouloir la certitude qu'elle soit correcte. Décidemment, penser est bel et bien un jeu!)

 

Réponse de Antholan le 23/09/2010 à 00h37
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